Archives Mensuelles : mars 2012

Une "Grande Première Mondiale" pour les TIC!

ACV Parc Informatique – Recyc-Québec 2011

ACV Parc Informatique – Recyc-Québec 2011

Jusqu’ici, j’ai tenté de ne pas aborder le thème le plus en vogue lorsqu’on parle de TIC et de développement durable : la fabrication et la fin de vie de votre matériel informatique. Pourquoi? Parce que c’est automatiquement l’association que tout le monde fait, entre TIC et développement durable. Pourquoi? (Oui, je sais, je répète 2 fois « pourquoi »!) La fabrication, mais surtout la fin de vie de votre matériel informatique est quelque chose de tangible, de palpable, donc facilement assimilable à développement durable. Un petit exemple qui illustre bien la chose : le Centre Francophone de Recherche en Informatisation des Organisations, ou CEFRIO (dont le sous-titre est Innover par les TIC), n’a qu’un item sous sa rubrique Développement Durable [Mise à jour janvier 2014: le site du CEFRIO a maintenant une nouvelle image depuis la publication de cet article, et le sous-titre est dorénavant L'Éxpérience du Numérique], et il discute de la stratégie américaine de gestion des déchets électroniques. Si on fouille un peu sur leur site, on pourra découvrir d’autres articles visant le développement durable, mais pour cela, plus d’un « clique » de souris vous seront nécessaires. Je constate positivement par contre que certains sujets que le site aborde sont dans une pensée de développement durable, même s’ils n’ont pas été identifiés comme tels. Et pour conclure l’exemple du CEFRIO, il n’aborde pas le thème du développement durable dans son rapport annuel 2011. Cet exemple est un reflet de l’état des lieux du développement durable et des TIC, et nous démontre qu’il y a beaucoup d’espace à l’amélioration et au changement, ce qui est positif (du moins, pour ma pratique)!

Retour au sujet du jour : la fin de vie de vos ordinateurs. J’ai déjà abordé cette question de façon détournée, en discutant de la pertinence d’acheter un ordinateur remis à état. Je vous présente cette fois une analyse de cycle de vie visant la comparaison de 2 scénarios de fin de vie d’un parc informatique (scénario remis en état et scénario recyclage), produite par le CIRAIG en 2011 (vous la trouverez ici ou ici, sur le site d’Insertech). Connaissez-vous le CIRAIG? Lorsque vous pensez analyse de cycle de vie (ACV), vous pensez CIRAIG. C’est un des grands centres universitaires dédiés à ce domaine, et il est à Montréal. Pas pour rien qu’on en parle souvent! Mais ce qui rend ce rapport des plus innovateurs, c’est que l’ACV a été combinée à une analyse sociale de cycle de vie du Groupe AGÉCO, ce qui est peu fréquent. L’AsCV est un sous-ensemble en développement, avec peu d’outils. Je suis personnellement formée sur l’AsCV et c’est une façon toute différente d’aborder les choses. Donc un grand Bravo pour cette initiative! Recyc-Québec, commanditaire de l’analyse, la décrivait d’ailleurs comme une « Grande Première Mondiale », ce qui me semble tout à fait juste.

Lire un rapport d’analyse de cycle de vie demande un certain niveau de connaissance, ne serait-ce que pour bien comprendre la méthodologie et son vocabulaire spécifique (par exemple, frontières du système, unité fonctionnelle, etc.). Vous pouvez tout de même lire le sommaire exécutif en vous référant au besoin à la définition de certaines abréviations en page XV. Mais en gros, l’analyse démontre qu’il est avantageux de remettre en état des ordinateurs :

  • l’analyse effectuée portait sur un parc informatique provenant d’entreprises et non d’ordinateurs provenant de particuliers, ce qui exclut le scénario que le parc en entier se retrouve dans un lieu d’enfouissement technique (LET);
  • pour 1000 ordinateurs envoyés au reconditionnement, on obtient 704 ordinateurs remis en état (certaines pièces seront irrécupérables, donc recyclées);
  • la durée de vie d’un ordinateur remis en état est établie à 3 ans (au lieu de 4 ans pour un ordinateur neuf);
  • des 704 ordinateurs remis en état et vendus à des particuliers, 3 scénarios de fin de 2e vie sont alors envisagés : 0%, 50% ou 100% des ordinateurs seront recyclés par les particuliers (donc 100%, 50% ou 0% se retrouveront dans un LET, au lieu d’être recyclé);
  • l’AsCV porte principalement sur l’impact de la filière de remise en état d’un parc informatique par des entreprises telles qu’Insertech Angus ou des CFER (Centre de Formation en Entreprise et Récupération)

En attendant mes prochains billets qui aborderont d’autres aspects liés au cycle de vie de votre matériel informatique, j’espère que, tout comme moi, vous serez maintenant plus conscient de l’impact de la fin de vie de vos produits, tout en ayant une certaine fierté d’avoir lu un rapport d’analyse de cycle de vie qui inclut aussi le pilier Social du développement durable!

L’édition électronique : arrêtons de voler des rêves

Me voilà à nouveau, après une petite pause… Cette fois, c’est avec un sujet que j’ai croisé déjà à quelques reprises ces dernières semaines lors de mes lectures : le droit d’auteur, la transparence chez les éditeurs et les libraires, etc., tout ça dans un contexte des TIC. Ce qui me motive à en parler aujourd’hui, c’est que « tout le monde en parle », depuis que Seth Godin s’est vu refuser l’accès à la librairie virtuelle d’Apple pour son nouveau livre Stop Stealing Dreams. La raison : son livre numérique contiendrait des liens vers le site d’Amazon…

Souvent moins cher que sa version papier, le livre numérique vous donne accès à une panoplie de livres, dans le confort de votre foyer. Plus besoin de se déplacer : quelques cliques et vous pouvez vous plonger dans vos lectures. Son impact environnemental n’est pas très clair par contre, surtout lorsqu’on regarde un cycle de vie complet, qui considère la vie utile de votre liseuse électronique, et la durée que l’on soutire d’un livre papier (on peut le revendre, le donner à son entourage, etc.). Un avantage des livres numériques : l’accès gratuit aux livres libres de droits d’auteur (les « classiques »!). Le Projet Gutenberg, dans une pensée de type contenu libre (ou OpenContent), vous offre différents formats de livres numériques libres de leurs droits. Ces livres, en version papier, vous seraient un peu moins accessibles… Il y a donc beaucoup de raisons à prendre la voie du livre numérique (et la « voix » aussi, puisque la fonction de conversion texte-parole – text-to-speech – des liseuses électroniques vient en prime, amenant de nouveaux conflits(1)), et pour cela, le support des TIC est essentiel. Mais encore faut-il que l’indépendance du libraire virtuel demeure…

Parallèlement aux péripéties récentes de Seth Godin, une autre histoire de « fermeture » de la part d’Apple : la licence d’utilisation du logiciel iBooks Author, lancé en janvier dernier. Ce logiciel gratuit permet de créer du contenu (livres, manuels scolaires, etc.) qui, une fois publié, sera accessible via l’application iBooks. Le livre ainsi créé pourra aussi plaire aux utilisateurs du iPad puisqu’ils pourront profiter de contenus riches. Jusque-là, tout semble très beau. Mais voilà, il y a un « catch » : si vous comptez vendre votre livre, alors là, le EULA (pour End-User License Agreement) pourra vous surprendre (et le mot est presque faible…) :

if your Work is provided for a fee […], you may only distribute the Work through Apple and such distribution is subject to the following limitations and conditions: […]; and (b) Apple may determine for any reason and in its sole discretion not to select your Work for distribution. […] Apple will not be responsible for any costs, expenses, damages, […] losses including without limitation the fact that your Work may not be selected for distribution by Apple.

Si je résume : vous travaillez sur votre livre, vous utilisez l’outil iBooks Author (pour l’écrire, en faire la mise en page et le rendre accessible), vous pouvez alors publier ce livre QUE sur la boutique d’Apple et Apple se réserve le droit de vous refuser cet accès, et se dégage de toute responsabilité. Début février 2012 (soit moins d’un mois après le lancement initial), une nouvelle version (1.0.1) de l’application est disponible. Cette version ne modifie qu’une chose soit le EULA, qui clarifie certains aspects, mais n’élimine pas les restrictions de publication dans le format .ibooks(2) (vous trouverez ici des réponses aux questions fréquentes). Comme un blogueur mentionnait (il a pris le temps de lire le EULA…) : c’est comme si Microsoft demandait des droits d’auteur sur chaque présentation que vous faites avec Microsoft Office PowerPoint… Et comme d’autres l’ont mentionné, vous pouvez toujours utiliser autre chose pour vos publications… Bref, ça chauffe!

Et les TIC là-dedans? La distribution de livres numériques ne pourrait se faire sans le support des TIC. Les infrastructures requises ne sont pas si simples que ça à mettre en place, ce qui constitue une barrière à l’entrée. Et ce n’est pas votre libraire du coin qui peut développer sa liseuse électronique unique ou son logiciel d’édition, constituant une autre barrière. Doit-on alors s’inquiéter de la dépendance aux éditeurs (voir l’exemple du iBooks Author) et aux libraires (voir l’exemple de Seth Godin)? La réponse n’est pas si simple. Dans une perspective de développement durable, avec son pilier social, son concept de transparence et de dialogue avec les parties prenantes, est-ce qu’on peut prétendre à l’adoption de ces principes lorsqu’on regarde ces 2 exemples? Sans le vouloir, le titre du livre de Seth Godin répond peut-être à cette question : Stop Stealing Dreams (Arrêtons de voler des rêves)…

À bien y penser, ce sujet est sans fin et devrait faire l’objet d’une thèse et non d’un billet de quelques centaines de mots… D’ici là, sortez vos vieilles machines à écrire, et vous pourrez toujours télécopier votre ouvrage à vos amis(es)!

(1) Intéressant la controverse au sujet de la fonction texte-parole du Kindle 2! Pour plus d’info, le point de vue de Lawrence Lessig PhD, et celui de Roy Blount, président du Authors Guild.

(2) Tout aussi intéressant de savoir que le format .iBooks est basé sur le format ouvert ePub. Ici pour comprendre ce qui est considéré comme un sabotage.